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Yannick Dalbin
Je construis. Je transmets.
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// Jeudi 23 juillet · Édition 03
Bonjour,
Il y a quelques semaines, j'ai sorti en une seule journée plus d'interfaces que je n'en aurais produit en un mois il y a trois ans. J'étais euphorique. Il m'a fallu du temps pour voir que je fonçais droit vers mon cinquième burnout.
Pour comprendre pourquoi, il faut revenir en arrière.
Toute ma vie de dev, j'ai eu la même frustration. Des dizaines d'idées d'apps et d'outils dans la tête, et jamais le temps de les sortir. Une interface, c'était des semaines. Parfois des mois.
Le pixel perfect, faire correspondre le rendu exactement à la maquette du designer, c'était un art que peu de gens maîtrisaient. Il fallait connaître les navigateurs, leurs bugs, et savoir dégrader proprement l'expérience pour ceux qui étaient à la traîne.
Le pire d'entre eux avait un nom : Internet Explorer.
Microsoft n'avait pas cru à Internet au début. Sauf que Microsoft était le premier fournisseur d'OS au monde, et embarquait son navigateur par défaut sur chaque machine. Pour beaucoup d'utilisateurs, IE était juste le moyen d'aller en télécharger un autre. Pour les autres, il suffisait amplement.
Alors on le supportait. Aucune application web ne pouvait tourner le dos à cette part de trafic. On a vu naître des librairies entières dont le seul but était de recoller les morceaux, jQuery en tête, qui nous a sauvé la vie à l'époque.
Des milliers d'heures. Des milliers d'euros. De l'énergie brûlée sur un problème qui n'apportait strictement rien à l'utilisateur final.
Si on avait eu l'IA à ce moment-là, beaucoup de développeurs auraient gardé leurs cheveux. Et le web d'aujourd'hui serait sans doute très différent.
Ce temps est révolu, et c'est une excellente nouvelle. On prototype en quelques heures ce qui demandait des semaines. On crée des interfaces qu'on n'aurait jamais développées faute de budget. Les apps de demain vont atteindre un niveau d'exigence que le web n'a jamais connu.
Sauf qu'il y a un truc dont personne ne parle.
Cette lenteur que j'ai maudite pendant 20 ans, elle faisait deux choses pour moi. Sans que je m'en rende compte.
Elle me freinait. Mon envie de créer a toujours été plus grande que mon temps disponible. Le temps de développement était la seule chose qui tenait cette envie en laisse. Le jour où il a fondu, plus rien ne s'est mis entre mon appétit et ma capacité à produire. J'ai enchaîné, encore, encore, sans le compteur de fatigue habituel, parce que produire ne faisait plus mal. Le surmenage est entré par la porte que j'avais déverrouillée moi-même.
Et elle prouvait quelque chose. Une belle interface coûtait cher. Quand tu tombais sur une app bien finie, tu savais qu'il y avait du solide derrière : du budget, du temps, des gens compétents. L'interface était la partie visible, et son coût te renseignait sur tout le reste.
Aujourd'hui tu obtiens cette partie visible en quelques heures. Le problème, c'est que le reste ne suit pas tout seul.
Demande une app à une IA. Elle va te livrer une interface superbe. Et derrière, elle va faire au plus simple, parce que c'est ce que tu lui as demandé : tes données finissent souvent dans un fichier posé en dur au milieu du code de la page. Ça marche. Tu cliques, ça répond, c'est beau.
Puis deux personnes utilisent l'outil en même temps. Ou il faut corriger une ligne sans tout redéployer. Ou tu veux juste savoir qui a modifié quoi la semaine dernière. Et là, il n'y a rien. Aucune fondation.
L'interface ne ment pas sur elle-même. Elle est vraiment bonne. Elle ment sur ce qu'il y a en dessous.
Le signal qui te permettait de juger une app en trois secondes a disparu. Pour celui qui regarde ton outil. Et surtout pour toi qui le construis.
// La video de la semaine
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C'est exactement ce que je démonte dans la vidéo de vendredi. L'IA est excellente sur l'interface, je le montre à l'écran. Mais je te montre aussi ce qu'elle fabrique par défaut juste derrière, et pourquoi ton app te semble prête alors que ce qui la fait vraiment tenir n'a pas encore été écrit.
Savoir ce qu'il faut mettre sous l'interface, et à quel moment, c'est le cœur de ce que je fais avec les porteurs de projet dans De l'idée à la Prod. Tu gardes la vitesse que l'IA te donne, sans construire sur du vide.
La friction ne reviendra pas. C'est à nous de remettre les garde-fous au bon endroit. |
PS : Réponds-moi si tu as vécu cette bascule, dans un sens ou dans l'autre. Vos retours nourrissent souvent la vidéo de la semaine suivante.
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